DISCOURS D' ALICE NZOMUKUNDA  DEVANT LES PARLEMENTAIRES ANGLAIS ET LES ONG A LONDRES

 

Mesdames, Messieurs les membres du parlement,

Mesdames, Messieurs les représentants des organisations internationales,

Chers amis du Burundi,

Chers Compatriotes,

Mesdames et Messieurs.

C’est pour moi un grand honneur et un réel plaisir de pouvoir m’adresser à vous dans ce prestigieux building du Parlement Anglais.

Je suis particulièrement heureuse que cette conférence sur l’évolution de la situation économique et sociopolitique de mon pays, coïncide pratiquement avec la tenue au Burundi, d’un congrès extraordinaire du CNDD-FDD, parti au pouvoir, dans l’objectif de se remettre en question et mettre les pendules à l’heure.

En effet, une année et demie après les élections ayant porté le CNDD-FDD au pouvoir, la gestion du pays n’a pas été des meilleures ; et les résolutions issues dudit congrès viennent de redonner une lueur d’espoir à un peuple meurtri par plus de 10 ans de guerre ; une population qui attend avec impatience les dividendes de cette restauration de la démocratie.

Au niveau politique et sécuritaire, après les élections démocratiques, la tâche était de ramener la paix et la sécurité sur toute l’étendue du territoire burundais par les négociations avec le FNL-PH.

Le  renforcement des capacités des corps de défense et de sécurité, le  désarmement de la population civile restent nécessaires pour  ramener la confiance entre ces corps et la population.

Il faut également réconcilier le peuple burundais à travers la Commission Vérité Réconciliation et enfin réconcilier le peuple burundais et ses dirigeants pour renouer le dialogue entre les dirigeants et les dirigés.

Au niveau économique et social, Le Burundi dépendant à plus de 60 % des aides extérieures, il nous faut respecter le programme avec le FMI pour bénéficier de ces aides et pouvoir atteindre le point d’achèvement de l’Initiative Pays Pauvres Très Endettés – PPTE

Avec l’avènement du pouvoir démocratique, on devait passer de l’aide humanitaire à l’aide au développement.  

Une année et demie après les élections, nous remarquons que la situation tant politique, économique que sociale s’est nettement détériorée contrairement aux attentes de cette population qui avait tant espéré après s’être choisie ses propres leaders !

Pourquoi  le décollage n’a pas eu lieu ?

Avant la tenue du récent congrès ayant doté au parti au pouvoir un nouveau leader et une nouvelle équipe de direction, quelques responsables politiques se sont autorisés des comportements négatifs très graves, qui ont éloigné tout espoir d’une amélioration des conditions de vie d’une population tant éprouvée par les conséquences de plus d’une décennie de crise socio - politique.

L’augmentation des salaires d’une partie des fonctionnaires, ayant tous un pouvoir d’achat très faible, a créé des mécontentements pour les autres et conduit à des grèves interminables avec  des revendications salariales.

Le manque de dialogue et  la non considération des autres acteurs politiques  et sociaux tels que les partis politiques d’opposition, la société civile, les médias, les organisations de droits de l’homme ont contribué à entretenir un climat social et politique malsain qui ne rassure pas le peuple burundais.

La corruption et les malversations institutionnalisées, le non respect des procédures des marchés publiques, le refus de la libéralisation économique, (Sucre, Cahiers scolaires, Véhicules du Parlement, Falcon 50, Maisons préfabriquées, les engrais chimiques…), bref le non respect du programme avec le FMI nous ont empêché d’accéder aux aides promises, et nous ont donc maintenu dans la pauvreté car il nous était impossible de passer à la reconstruction pour le développement.

Nous avons assisté à des tueries aussi bien dans les quartiers de  la capitale, sur les collines qu’au sortir des prisons, … et ceci dans l’impunité totale malgré les dénonciations de la population.

La justice n’était plus au service de la population et ceci de manière très flagrante et décourageante de telle sorte que certains même préféraient une justice populaire.

Nous sommes restés à la situation de l’aide humanitaire car  les bailleurs de fonds refusent d’accorder un appui budgétaire s’il n’y a pas garantie de bonne gouvernance et du respect des droits de l’homme.

Les aides non versées au Budget de l’Etat mais plutôt gérées conjointement et sur des projets identifiés ont été des signaux forts de la perte de confiance en notre gestion du pays.

En tant que Vice-Président du Burundi, j’avais alerté et dénoncé l’implantation d’une dictature avec des dérives autoritaires et totalitaires et je me réjouis aujourd’hui de voir que les Burundais  n’assistent et ne tolèrent plus longtemps des dérapages sans réagir.

A travers cette conférence,  je tiens à vous présenter cette situation et à lancer un cri d’alarme pour que l’espoir suscité par les assises du récent congrès du parti au pouvoir au Burundi soit soutenu par la communauté internationale.

Etant donné que la population civile dispose toujours des armes, les injustices, le désespoir et  les frustrations sont les facteurs d’un probable  dérapage qui peut déstabiliser le Burundi sans épargner les pays voisins.

La situation sécuritaire du Burundi ne peut que poser des questions sur la sécurité aux frontières. Le risque est donc régional.

La stabilisation des voisins du Congo  (Burundi et Rwanda) est un impératif pour enfin asseoir la paix dans la région des Grands Lacs.

Je plaide pour le soutien du peuple burundais car la famine et la pauvreté font rage dans mon pays.

Des Burundais meurent de faim chaque jour. Sans le soutien rapide à la population en proie à la famine et à la pauvreté extrême, la situation sécuritaire peut facilement basculer.

A mon humble avis, après le congrès du parti CNDD-FDD, tous les espoirs sont permis ; mais les défis restent entiers et on ne pourra monter la pente qu’avec votre soutien, surtout en ce moment tout à fait particulier pour le Burundi.

Les accords de paix signés à Dar-es-Salaam le 7 septembre entre le gouvernement et les FNL Palipehutu, vont enfin être mis en application dans l’intérêt de tous.

La stabilité du Burundi, comme celle de toute la Région des Grands Lacs est tributaire à l’appui de la communauté internationale face aux nombreux besoins et exigences financiers pour la reconstruction et la relance économique du Burundi.

Je loue l’attention particulière que vous réservez à mon pays et vous demande votre engagement à soutenir toutes les réformes nécessaires à la reconstruction et au développement afin d’asseoir enfin une paix durable au Burundi.

Je vous remercie.