Burundi news, le 04/03/2010

La vente illicite de l’avion présidentiel au Burundi : « Ca va se savoir ! ». L’ancienne deuxième Vice Présidente témoigne.
3-03-2010, source Isanganiro

 

La vente du jet présidentiel, le Falcon 50 a été émaillée des irrégularités comme le dit Mme Alice Nzomukunda, vice-présidente de la République d’alors. Selon cette ancienne numéro deux du gouvernement Burundais, le premier à avoir parlé de la vente de ce jet présidentiel est Hussein Radjabu, l’ancien l’homme fort du parti présidentiel, lors d’une conférence de presse. Elle affirme avoir appris, au chapitre des divers du conseil des ministres que l’avion pourrait se vendre, mais que cette vente devrait être discutée dans le Conseil des Ministres, ce qui n’a pas été le cas, selon Alice Nzomukunda. Elle ajoute que le centre de commandement était peut être ailleurs et non dans son cabinet car le Ministre des Finances, Dieudonné Ngowembona qui était du ressort de la vice présidence de la République qu’elle dirigeait à l’époque, ne suivait pas ses ordres. « Quand j’ai su que l’avion allait être vendu, j’ai ordonné au Ministre des finances de me donner tous les documents y relatifs, mais celui-ci a éteint son portable et est venu me voir la nuit sans document pour me dire que l’avion avait déjà été vendu », a dit Mme Nzomukunda.

Parlant des irrégularités autours de cette vente, Mme Nzomukunda parle que 4 éléments ont marqué cette vente. Le premier est l’appel d’offre qui a été local au lieu d’être international pour donner assez de chances à ceux qui peuvent être plus offrants. Le deuxième élément d’irrégularité est la langue dans laquelle était rédigée cet appel d’offre. Alice Nzomukunda trouve incompréhensible de faire un appel d’offre local en Anglais dans un pays ayant le français comme langue officielle. L’autre élément qui montre l’irrégularité, il n’ y a pas eu de commission pour étudier cette vente avant de passer à l’action. Un dernier élément qu’elle qualifie de plus catastrophique, consiste au fait que cet avion a été vendu au client le moins offrant à 3 millions de dollars, alors qu’il y avait un autre qui avait offert 5 millions de dollars. Ce client malheureux de la « Société Bombardier » aurait d’ailleurs conseillé à la vice présidente que la vente de l’avion serait une perte énorme pour le Burundi, car l’avion était de bonne qualité et en bon état, raison pour laquelle il avait offert un montant de 5 millions de dollars. Ce dernier aurait été lésé, et se serait confié à l’Olucome pour dénoncer cette injustice.

Sous sa pression, Mme Nzomukunda dit qu’une commission au sein du parti avait été nommée par le président du Cndd-fdd au pouvoir, Hussein Radjabu, et se composait de Dieudonné Ngowembona, Ministre des Finances de l’époque, Denise Sinankwa, Ministre du commerce d’alors, Karenga Ramadhani, Ministre de la Communication et Porte Parole du Gouvernement d’alors. Karenga Ramadhani était le secrétaire de cette commission nommée par El Hadj Hussein Radjabu, président du parti au pouvoir à l’époque et n’a jamais remis de compte rendu de la réunion de la commission. Ce compte rendu, selon Nzomukunda recommandait l’arrêt du processus de vente. Cependant, au lieu d’arrêter cette vente du jet présidentiel selon les clauses de cette commission, le processus de vente s’est accéléré et le Gouvernement a sorti un communiqué de presse affirmant que l’avion a été vendu. Selon Nzomukunda, le Gouvernement a perdu non seulement de l’argent sur la vente de l’avion présidentiel, mais aussi de la confiance de la part des donateurs comme la Banque Mondiale et le Fond Monétaire International (FMI). Elle affirme que les institutions de Breton woods allaient octroyer une enveloppe de plus de 90 millions de dollars pour le programme de développement. Alice Nzomukunda se dit étonnée par le choix du Gouvernement d’accepter d’empocher 3 millions de dollars au lieu d’arrêter la vente illicite du jet présidentiel pour avoir les 90 millions de dollars de la part de ces institutions économiques mondiales.

Alice Nzomukunda révèle également que le pseudo putch de septembre 2006, comme elle l’appelle, était lié à la vente du Falcon 50. C’était un moyen, selon Nzomukunda du pouvoir de tourner l’attention sur la vente du jet présidentiel : « C’était une façon de faire oublié le peuple que l’avion avait été vendu, pour que l’attention des gens tourne vers autre chose », nous révèle Nzomukunda, qui dit aussi avoir refusé de faire une solidarité gouvernementale en refusant d’affirmer que la vente de l’avion était légale comme le demandaient certains membres du Gouvernement d’alors et a décidé de démissionner, car il était difficile de tenir devant une telle situation, nous révèle l’ancien responsable du secteur de l’économie au gouvernement de Pierre Nkurunziza.

Contacté par la rédaction de la Radio Isanganiro, Léonidas Hatungimana, porte-parole du président de la République, se réserve de tout commentaire. Il dit tout simplement que le dossier est au bureau de l’Assemblée Nationale. Pour rappel, la porte-parole de la chambre basse du parlement a confié aux journalistes au cours d’un point de presse, que le dossier sera analysé en séance plénière.

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