A NOTRE CHER COMPATRIOTE POLITIQUE MURUNDI

 Burundi news, le 25/02/2017

 

 

Lettre d’Inarunyonga et de Samandari.

 

Nous avons entre 50 et 65 ans. C’est un échangeant sur la situation de notre pays que nous avons décidé de vous écrire ce message. Nous ne sommes pas de même obédience politique ni de même ethnie. Cependant, nous partageons beaucoup de choses en amitié et en idées. De plus, nous sommes instruits, nous avons voyagé et vécu à l’étranger, nous y avons travaillé ainsi qu’au Burundi.

A l’époque de la monarchie, la désignation du futur roi était connue par des initiés. Le roi régnant ne cédait son poste qu’à sa mort. Lorsque le pays connaissait des calamités lors de son règne, elles étaient attribuées au roi. Ce dernier prenait ses responsabilités et se donnait « Ubuki » afin que le pays retrouve sa vie normale. Le bonheur ou le malheur du pays était directement attribué au roi régnant et il en assumait les conséquences.

Au niveau de l’administration pure du royaume, la gestion de ce dernier n’a toujours pas été un fleuve tranquille. Nous avons appris qu’il y avait des chefs qui contestaient l’autorité des rois dont Maconco. Il a fallu lutter ou négocier avec les envahisseurs comme Rumaliza ou les Allemands.

Les Baganwa représentaient le roi dans les territoires qu’ils administraient, épaulés par les Batware. D’où la spécificité du Burundi, un pays où toute la population était courtisane. Pour elle, la seule acclamation valable était « Mwami ganza sabwa, umugabo yivuga uwamugabiye,… ». D’ailleurs, des ressortissants d’un pays voisin parlaient des « Ngombe za Mwambutsa » !

 On peut dire sans trop nous tromper, que les relations entre le peuple et les chefs visaient la soumission et l’augmentation des richesses personnelles : le citoyen cherchait à tout prix à être dans les bonnes grâces du chef pour agrandir ses terres agricoles ou accroître le nombre de têtes de bétail même aux dépens d’autres puisque les dirigeants avaient cette possibilité d’appauvrir un administré, « kunyaga ». Le chef développait un clientélisme sans mesure.

Le paradis n’étant pas  certes sur terre, il devait y avoir des injustices mais le système avait son équilibre politique et économique. Tout le monde connaissait son rang social et comment en sortir si nécessaire ; les échanges économiques étaient basés sur le troc pour les biens. L’on pouvait même créer des amitiés en donnant des terres, des vaches,…

C’est dans cette situation de gestion personnelle du pouvoir et du dévouement absolu du peuple à la monarchie que les Allemands qui avaient une longueur d’avance technologique et de gestion du pouvoir signent le traité de Kiganda après mille et une résistances. Les échanges économiques traditionnelles n’avaient rien avoir non plus avec ceux des allemands.

Les choses s’accélèrent quand l’Allemagne perd la guerre mondiale et que le Burundi se retrouve sous-tutelle belge. En écoutant les anciens, nous avons eu l’impression que la gestion du Burundi était divisée en deux : la structure traditionnelle monarchique et celle mise en place par les Belges. Ces derniers avaient leurs intérêts et objectifs qui ne correspondaient pas nécessairement à ceux de la monarchie. La collaboration était souvent difficile : les Barundi ont pris l’habitude de répondre et dire oui même s’ils pensaient faire le contraire ! Une culture de mensonge politique se met en place.

Les Belges profitent des mésententes entre les Baganwa pour affaiblir le pouvoir royal. Le troc fait place à la roupie (urupiya), le pouvoir est confié petit à petit aux instruits des écoles occidentales. Les repères changent ! Kiranga, les bapfumu aussi cèdent leur place petit à petit aux missionnaires. Et voilà que deux systèmes cohabitent.

Le courant des indépendances alerte nos tuteurs. Il fallait diviser pour régner et cela prit. Les instruits se sont rangés les uns dans un courant voulant l’indépendance tout de suite, d’autres dans celui qui la projetait pour plus tard. Nous allions oublier : nos tuteurs géraient le Rwanda aussi ! D’ailleurs pendant cette période de tutelle, le Burundi n’était pas une entité autonome mais inclus dans le Ruanda-Urundi ! Les tuteurs ont voulu calquer ce qu’ils avaient instauré au Ruanda à l’Urundi puisqu’il n’y avait pas, d’après eux, de différence entre ces entités !

                Les instruits ont foncé la tête baissée dans le piège tendu. Il est vrai que l’appât était énorme : les richesses avaient changé d’échelle. Les technologies apportées par la tutelle brillaient plus que les objets qui sortaient des ateliers de forge traditionnelle (inganda). Le vrai chef était celui qui roulait en voiture Impala, qui avait une maison construite en pierre ou en briques cuites avec une couverture en tuiles ou en tôles ! La capitale n’était plus Muramvya mais Bujumbura où une vie occidentale s’est installée. Et la colline de Kiriri était réservée à la construction des villas à l’occidental de cette nouvelle classe politique. Rien ne changeait dans les campagnes : car les nouvelles richesses n’étaient pas aussi répandues que le haricot, que le petit pois, que la vache,… le déséquilibre social est là et ce qui avait réussi politiquement au Rwanda ne tarda pas à s’installer au Burundi. En ce moment-là, il était facile de démontrer qu’un groupe exploitait l’autre étant donné l’évolution brusque du monde économique.

Encore une fois les instruits, voyant les avantages matériels que procurait le pouvoir ne tardèrent pas à se le disputer en utilisant les arguments des tuteurs ! Ces antagonismes se concrétisent par des assassinats et la chute de la monarchie. Ce qui est dramatique, c’est qu’éliminer l’autre physiquement devenait la manière d’accéder au pouvoir ou le conserver : celui qui gêne ou susceptible de gêner cette accession on le tue ! Et pire il ne faut pas chercher la justice dans ces assassinats.

Mais voilà la république nous arrive dans ces moments troublés. Nous aurions pensé que ce mode de gouvernement moderne allait nous sortir de l’impasse. Car en effet, ces nouveaux chefs faisaient partie de ces instruits qui avaient été en occident, qui ont côtoyé le monde moderne. Erreur ! Ils nous plongent dans le régionalisme ! Ils condamnent même à mort d’autres instruits qui pouvaient leur disputer le pouvoir pourtant de même ethnie qu’eux puisque ce vocable avait pris d’autres significations. S’ils sont prêts à tuer ces gens, qu’en sera-t-il pour ceux de l’ethnie différente ? Ce que nous craignions ne tarda pas à arriver : nous voilà en 1972 où des milliers de Barundi ont péri parce que de l’ethnie différente de ceux qui avaient la manette du pouvoir en main. Cette année a marqué l’esprit des Barundi. Encore une fois, rien n’a été fait pour juger les concepteurs de ces crimes. Et comme le monde n’était pas aussi relié par la toile qu’aujourd’hui, rien ne vint perturber la conscience du monde, ni celui des anciens tuteurs d’ailleurs. C’était une affaire entre gens indépendants disait-on.

Nous sommes sûrs que les Barundi paient encore hier comme aujourd’hui les conséquences mal gérées de cette année. Tuer n’est pas un tabou encore aujourd’hui au Burundi ! Est-ce normal ?

Cependant une question nous taraude l’esprit : le Burundi des années 90 et 2000 n’est plus celui des années 60. Comment se fait-il que les instruits de 2016 ne soient pas différents de ceux des années 60 et 70 ? Qu’est-ce qui ne va pas chez les instruits politiques Barundi ? Il faudrait les mettre en quarantaine tous pour qu’ils s’entendent, partagent ce qu’ils ont à partager et arrêtent chaque fois de nous utiliser en nous miroitant quelques miettes mais qu’ils nous apportent enfin les soins pour tous, l’eau potable pour tous,... Mais il semble que cela s’était fait à Arusha ! Malheureusement ils continuent à se chamailler et nous entrainent dans leur sillage macabre ! C’est bizarre tout de même. Le problème est ailleurs alors ? Mais où ?

Peut-être que ceux qui dirigent verrouillent le système pour en exclure les autres ? Nous comprenons mieux pourquoi ceux qui ne sont pas dedans veulent la limitation des mandats et ceux qui y sont de ne pas les limiter ? A notre avis, le problème est ailleurs. La limitation ou la non-limitation des mandats n’est pas un problème en soi. Nous avons observé ce qui se passe ailleurs dans le monde.

Notre cher compatriote politique, la non-limitation des mandats n’est pas un problème. Le problème c’est qu’une fois au pouvoir vous cherchez à vous maintenir en instaurant un multipartisme de façade, en acceptant que les partis qui vous soutiennent. Si vous laissiez la vraie opposition s’exprimer, aller voir ses militants, présenter leur programme et aussi critiquer votre politique si elle ne s’attaque pas à la résolution des problèmes auxquels les concitoyens sont confrontés : économiques, sociaux,…. Puis lors des élections, garantir la concurrence loyale, autrement dit les élections libres et transparentes, la non limitation des mandats ne serait pas un problème. Si le vote est transparent et ouvert, celui qui ne satisfait pas ne sera pas réélu. Quant à la limitation, elle peut se borner uniquement au niveau des partis.

Cher compatriote politique, si vous acceptez le multipartisme, il faut appliquer ses règles universelles et non celles taillées sur mesure ; si vous voulez inventer un autre mode de gouvernement, entendez-vous puis jouez le jeu. Ne vous inquiétez pas la concurrence est un bon stimulant qui est bénéfique pour tout le monde. Et le meilleur gagnera toujours.

Cordialement.