Burundi news, le 27/10/2014

Pancrace CIMPAYE                                                                               Bruxelles, le 24 octobre 2014

GRADES- KAZOZA

Royaume de Belgique

 

 

                                                                                                    A son Excellence Pierre NKURUNZIZA

                                                                                                    Président de la République du Burundi

                                                                                                    A  BUJUMBURA

                                                                                                     Avec les assurances de ma haute

                                                                                                      Considération.

 

Objet : Lettre ouverte pour éviter au peuple

            burundais  des élections qui tuent.

 

 

Excellence Monsieur le Président,

Au lendemain du 21 octobre 2014, jour d’anniversaire de l’assassinat ignoble du premier président démocratiquement élu, Son Excellence Melchior NDADAYE, j’ai l’honneur de m’adresser à votre haute autorité au nom du Groupe de Réflexion sur l’Avenir Démocratique, Social et Economique du Burundi, GRADES-KAZOZA, afin de vous demander d’éviter à votre peuple des élections qui déboucheront sur un autre drame  politico-sécuritaire de trop.

Excellence Monsieur le Président,

Avant de vous ressasser les prémisses d’une catastrophe annoncée par la préparation  unilatérale et chaotique des élections de 2015, permettez-moi de vous rappeler ces périodes noires post électorales qui ont endeuillé le Burundi : 2010, 1993, 1965 et 1961.

Excellence Monsieur le Président,

Vous êtes le deuxième président démocratiquement élu. A ce titre vous avez une lourde responsabilité de démontrer à la face du monde que vous valez mieux que ceux qui ont assassiné la Démocratie en tuant votre prédécesseur, Melchior NDADAYE. Ils étaient animés par la soif de rester par tous les moyens aux commandes du pays ! Ils étaient obnubilés par les sirènes du pouvoir ! Ils étaient aveuglés par les attributs du pouvoir et de ce fait ils sont devenus sourds aux revendications légitimes du peuple burundais qui avait soif du changement ! C’est cette soif du pouvoir des hommes forts de la fatidique nuit du 20 au 21 Octobre 1993 qui a conduit le pays vers une guerre civile. A présent, les questions qui se pose, Excellence Monsieur le Président sont les  suivantes :

 «  Avez-vous tellement soif du pouvoir que vous préféreriez la guerre civile plutôt que de le quitter dignement ? » ;

« Etes-vous prêts à décapiter la démocratie ou à travestir les vertus de la démocratie plutôt que de quitter le  pouvoir par la grande porte? » ;

« Etes-vous prêts à troquer votre légitimité contre un coup de force contre la démocratie ? »

« Avez-vous tellement soif du pouvoir que vous préférez y rester par force et ainsi condamner le CNDD-FDD à sa disparition totale ? »

 

Excellence Monsieur le Président,

Au regard des faits et gestes qui sont posés au tour de la préparation des élections de l’année prochaine, d’aucuns sont convaincus que vous répondrez à ce questionnement par l’affirmatif. En effet votre volonté de vous présentez pour un troisième mandat en violation de la loi fondamentale et de l’Accord d’Arusha rejoint le même esprit qui animait ceux qui ont décapité la démocratie la nuit du 20 au 21 Octobre 1993. De la même manière la couleur et l’arrogance de la CENI qui ne se gêne pas d’exclure des acteurs de l’opposition des préparatifs et de la surveillance des élections ne peut déboucher qu’à un lendemain incertain. Une CENI qui ne roule que pour votre majorité présidentielle, dans un pays qui sort à peine d’un conflit armé, est aussi dangereuse que les hommes qui ont commis l’irréparable en 1993. Et si on ajoute à ce tableau l’opération de la distribution des armes à la milice IMBONERAKURE qui bat son plein à travers tout le pays, le cocktail donne la chair de poule !

Excellence Monsieur le Président,

Le refus de l’évaluation de la feuille de route ce 23 Octobre 2014 à Gitega par votre Gouvernement et votre CENI est une preuve évidente que vous êtes résolus à organiser seul et pour  vous seul les élections de l’an prochain. A cet effet le mépris et la provocation de vos émissaires, le Ministre de l’Intérieur Edouard Nduwimana et le président de la CENI Monsieur Pierre Claver Ndayicariye, sont on ne peut plus éloquents ; ils ont confirmé que l’organisation et la participation aux élections de 2015 est une affaire privée qui ne regarde ni l’Opposition ni la Communauté Internationale ! Le message que vous venez de donner à ces deux acteurs est le suivant : « CIRCULEZ, IL N’Y A RIEN A VOIR » mesdames et messieurs de l’opposition et de la communauté internationale !

Excellence Monsieur le Président de la République,

Cette volonté manifeste d’organiser des élections où vous êtes le seul qui en fixe les règles, le seul qui désigne les arbitres et choisi les participants risque de replonger le Burundi dans les ténèbres de la confrontation politiques que nous croyions révolus. Cette voie suicidaire d’organiser des élections qui doivent vous maintenir au pouvoir peut déboucher sur un bain de sang dont le Burundi n’a pas besoin.

Excellence Monsieur le Président,

Epargnez-nous des élections qui tuent. En  consultation avec tous les acteurs impliqués dans toute élection, donnez à votre peuple des élections inclusives, libres , démocratiques, et apaisées. Pour ce faire votre majorité présidentielle et vos alliés, l’opposition, la société civile et la communauté internationale devraient s’assoir au tour d’une table pour préparer ces élections dignes d’un Burundi qui sort à peine d’un conflit armé.

Dans l’espoir d’une suite favorable à ma lettre ouverte, je vous prie d’agréer une fois de plus, Excellence Monsieur le Président, l’assurance de ma haute considération.

                                                                       (Sé) Pancrace CIMPAYE.