Burundi news, le 21/06/2017

 

VERITE ET RECONCILIATION.

Par Mkapah.

            Beaucoup de pays ont connu des guerres. Quand celles-ci se passent entre nations, elles sont peut-être faciles à régler. C’est une question de volonté politique des dirigeants de ces pays en conflit. Mais s’agissant des guerres civiles, elles sont plus difficiles à comprendre et à régler puisqu’il s’agit d’affrontements entre citoyens d’un même pays.

Cependant, des mécanismes de gestion de ce genre de situations existent. Qui n’a pas entendu parler des  conflits qui minent les pays de la région des Grands Lacs Africains ces dernières années ?

Dans quelles conditions la Commission Vérité et Réconciliation pourrait être bénéfique pour le Burundi, pays de cette région ? D’emblée, il semble difficile de répondre à cette question dans la mesure où tous les Barundi  ont été touchés dans leur être par les différents événements qui ont endeuillé leur pays. Certains ne se remettront jamais, ou difficilement, du traumatisme tant que justice ne sera pas rendue sur la disparition des leurs et/ou de la destruction de leurs biens.

            Cependant l’avenir et le développement du Burundi dépendront de la volonté de ses filles et fils aidés par la communauté internationale. La Commission Vérité et Réconciliation peut jouer un grand rôle à différents niveaux mais à certaines conditions. Beaucoup de choses seraient à dire, mais je me limiterai à deux éléments : la Vérité avec un grand V et la réconciliation par la Justice.
Pourquoi la Vérité ? La Vérité sera utile parce que les Barundi n’ont pas tous la même lecture de ce qui s’est passé.

            Cette situation est grave car elle s’est aujourd’hui enracinée au fin fond des collines de ce pays. Ceci résulte des discours des femmes et des hommes politiques, et de la gestion politique des pouvoirs qui se sont succédé. L’accusation mutuelle des différents groupes, Hutu et Tutsi, est ancrée dans les esprits. Malheureusement, une grande partie de la nouvelle génération vit dans ce même obscurantisme. Il est scandaleux qu’aujourd’hui il y ait des Barundi qui disposent de moyens d’informer les autres et qui s’enferment dans des ghettos ethniques, qui continuent à défendre des positions si partisanes ! On peut se demander à quoi il sert d’être instruit, de voyager, de côtoyer d’autres cultures sociales et économiques ! Alors, la Commission Vérité et Réconciliation pourrait être bénéfique en rétablissant la Vérité. En effet, chaque composante nationale qui veut le pouvoir embrigade les siens et s’est forgée une vérité sur l’histoire récente du Burundi. C’est la Vérité que cette commission doit rétablir, et elle doit avoir l’honnêteté de dévoiler les RESPONSABILITES INDIVIDUELLES des personnes qui ont terni l’image du Burundi  d’aujourd’hui. Ainsi, chaque composante nationale constatera qu’il n’y a pas que des saints dans ses rangs. Même si elle le sait, elle fait semblant de l’ignorer, soit par solidarité négative, soit par peur.

            Comme le mensonge sera démasqué « ikinyoma kizoba gikubitiwe ahabona », je reste convaincu que les Barundi se laveront de cette tromperie dans laquelle ils ont baigné depuis un demi-siècle. C’est seulement la justice qui favorisera la Réconciliation.

Une fois la vérité connue, il faudra que la justice soit rendue. Il ne serait pas normal que les personnes dont les responsabilités seront reconnues dans les différentes tragédies ne soient pas jugées. Il serait incompréhensible que les personnes touchées moralement ou matériellement ne soient pas réhabilitées dans leur droit. Vous comprendrez par exemple qu’il est intolérable pour quelqu’un de passer devant un bien qui lui a été confisqué arbitrairement. De même, il est insupportable pour une personne de croiser quelqu’un qui a ôté la vie de ses proches sans qu’il soit inquiété.

            Cette Réconciliation avec la justice entraînera celle des Barundi et elle débouchera sur le pardon. Pardonner, sans pour autant oublier, permet de ne pas renouveler les horreurs du passé, contrairement à ce que dit le proverbe « intibagira ntibana ». Savoir ce qui s’est passé rend plus vigilant. C’est seulement en comprenant bien les mécanismes qui ont provoqué le mal qu’on aura des chances d’en juguler la reproduction.

Dans ces conditions, le Burundi pourra retrouver le chemin du progrès. Ce temps sera alors celui des compétitions des programmes de développement.