LA VISITE DU PRESIDENT KAGAME AU BURUNDI A POINTE DU DOIGT LA FAIBLESSE DU POUVOIR BURUNDAIS

Par Gratien Rukindikiza

 Burundi news, le 07/09/2008

Il y a des visites des chefs des Etats étrangers qui laissent des traces. Les pays adoptent à l'égard des autres et surtout de ses voisins des rapports d'Etat à Etat qui sont basés sur le respect mutuel et une sorte d'équilibre de forces. Je me rappelle en 1982, l'année de mon entrée à l'armée, que l'ancien Président Bagaza avait massé des troupes à la frontière congolaise pour prévenir ou attaquer le Congo. Des rumeurs disaient que les commandos avaient déjà occupé les hauteurs du Kivu. Nous ignorions si nous avions plus de forces ou pas que le Congo de Mobutu. Personne ne pouvait s'imaginer que le Burundi aurait pu tenir tête face au géant congolais. C'est à peine que certains officiers pensaient que le Président Bagaza était devenu fou. Enfin de compte, le Président Mobutu a adopté un profil bas et ses intentions frontalières ont été revues à zéro.

Le Rwanda et le Burundi, deux frères ennemis-amis

Le Rwanda a été toujours un pays ami au Burundi mais en même temps ennemi. Du temps du royaume, l'arrivée des réfugiés tutsi rwandais et les différentes attaques de ces réfugiés au Rwanda ont créé un climat de méfiance. Le régime de Micombero a failli en arriver aux armes contre le pouvoir de Kayibanda en 1972. Les deux pays ont partagé les intérêts communs comme la CEPGL et d'autres organismes. Les deux pays ont été souvent dirigés par des Présidents d'ethnies différentes, avec quelques exceptions du temps du Président Ndadaye au Burundi et du Président Habyalimana au Rwanda et du temps du Président Kagame au Rwanda et du Président Buyoya au Burundi. Je considère que l'ancien Président Bizimungu n'était pas l'homme fort du régime. 

L'ancien Président Bagaza a été assailli de tracts lors du sommet de la francophonie au Rwanda et a claqué la porte. Furieux, il a convoqué le Président Habyalimana à Ngozi dans la même semaine. Habyalimana s'est présenté comme un militaire qui se présente au rapport. Quelque soit l'organisation de son armée, l'ancien Président Bagaza se faisait respecter dans la région. Il y a des pratiques qu'on n'aurait pas vu en cette période. Il incarnait l'image d'un régime fort et d'un Burundi respectable ou craint chez les voisins. Bagaza a équipé la rébellion de Museveni et faisait passer des camions de munitions sur le sol rwandais alors que le Rwanda savait que cette rébellion était composée en majorité par des Rwandais.

L'ancien Président Buyoya a adopté un profil bas, fragilisé par les événements de Ntega Marangara, il ne pouvait pas se mettre à dos le  voisin rwandais ami de la France.

Je me rappelle de la discussion privée du Président Ndadaye avec un ministre de son gouvernement. Ndadaye défendait la politique de bon voisinage et des relations d'Etat à Etat alors que son interlocuteur lui parlait des relations de frère à frère, sous entendu frère hutu. Le Président Habyalimana avait cru que le Burundi devenait son bastion et devait répondre à sa  volonté. Le refus du Président Ndadaye avait compliqué les relations entre les deux Etats.

La visite du Président Kagame et sa sécurité au Burundi

D'une manière générale, la sécurité d'un Président hôte incombe au pays visité. La sécurité du visiteur doit synchroniser ses actions avec celle du pays. La responsabilité première incombe à la sécurité du pays visité. Je me rappelle que, quand le Président Habyalimana est venu en visite officielle à Ngozi, en qualité d'officier de sécurité du Président Ndadaye, j'ai pris en main la sécurité du Président Habyalimana et sa sécurité était en deuxième ligne. J'étais directement derrière le Président rwandais et dans son véhicule, il n' y avait aucun homme de la sécurité rwandaise.

La visite du Président Kagame n'a pas respecté les règles élémentaires d'un pays souverain visité. Sa sécurité a ignoré celle du Burundi et elle est devenue la principale par rapport au pays visité. Les 350 militaires de la sécurité rwandaise présents à Bujumbura ont même fait des contrôle sur le périmètre de sécurité, domaine du pays hôte. Des ministres auraient même été contrôlés à Muramvya, sans parler de Daniel Kabuto, responsable de la communication à la deuxième vice-Présidence,  qui se croyait plus connu que les ministres qui s'est vu refouler par les Rwandais.

Et l'honneur du Burundi?

Qu'on aime le pouvoir actuel ou pas, s'il est ridiculisé sur le plan international, c'est tout le Burundi qui est concerné. L'honneur du Burundi est non négociable. Le fait de contrôler des axes qui mènent à des places même si les deux Présidents y étaient, par une sécurité d'un autre pays, montre bien à quel point le pays est ridiculisé. Quelque soit le rapport des forces et la nouvelle organisation de l'armée burundaise, le pouvoir burundais aurait dû fixer des limites et des conditions de cette visite. Si ces conditions ne pouvaient pas être respectées, la visite aurait dû être reportée ou annulée.

Que pensaient les diplomates étrangers au Burundi qui passaient sous les portiques de la  sécurité rwandaise sur le sol burundais? La visite du Président rwandais qui est appelée une visite de divertissement  a ridiculisé le pouvoir en premier et le pays en second. Elle était surtout une démonstration de force pour bien signifier au pouvoir que le voisin du nord est devenu une grande force qu'il faudra tenir compte dans ses stratégies.

Il est vrai que l'Etat rwandais se réorganise au moment où l'Etat burundais se désorganise, se décompose. La bonne gouvernance est une une réalité au Rwanda et la corruption au Burundi touche en premier lieu le Président de la République, ses ministres , les directeurs généraux etc.... tout en signalant qu'il y a quelques exceptions. Le Burundi reste un Etat souverain et doit protéger sa dignité.

Le Burundi, à travers cet exemple, a démontré qu'il est incapable d'assurer la sécurité d'un hôte. S'il est capable, qui l'aurait empêché d'assurer celle du Président Kagame à la place ou à côté de la sienne. La politique de l'escargot a ses limites. Le moment où on reste dans la coquille, le Burundi peut perdre sa souveraineté sur certains territoires. Le Burundi se dispute des frontières avec le Rwanda et surtout depuis ces dernières années. Le Rwanda semble en position de force à Ngozi où la frontière a été déplacée. Et pourtant, notre Président a préféré jouer au football au lieu d'en discuter avec son homologue rwandais. Ce sont des symptômes d'un pouvoir faible et jamais le Burundi n'avait connu une telle faiblesse de pouvoir. Vivement que les Burundais s'en débarrassent.