Burundi en 2019


22 May

La campagne électorale vient de prendre fin et la population a voté ce 20 mai 2020. Le rendez-vous était attendu. Ces élections ont été uniques en leur genre. Pour la première fois, le Président en place ne s'est pas présenté alors que la nouvelle constitution ne lui interdisait pas. Pour la première fois, nous avons assisté à une campagne sans insulte, sans que l'un ou l'autre candidat dénigre un autre. Une campagne correcte à part les emprisonnements, violence à l'égard des militants du CNL. 

 Le peuple burundais attendait un discours nouveau, un discours de changement et de rupture avec le passé et le présent. Les deux candidats semblaient partir sur des mêmes bases car ils n'avaient pas été au pouvoir à part les postes importants. Agathon Rwasa est le vice-président de l'Assemblée Nationale, Evariste Ndayishimiye a été ministre de l'intérieur. 

L'art de plomber une campagne électorale.

Nkurunziza a joué un rôle négatif dans la campagne d'Evariste Ndayishimiye. Nkurunziza sait bien qu'il n'est pas aimé par le peuple. Et pourtant, il s'est lancé dans la campagne avec le candidat du CNDD-FDD, Evariste Ndayishimiye. Nkurunziza a appelé à ne pas tricher tout en sachant que sans tricher, le candidat du CNDD-FDD ne pouvait pas gagner.

Le discours de Nkurunziza n'a pas été clair pour la population, surtout pour les militants du CNDD-FDD. En annonçant que les élections actuelles sont différentes de celles de 2005, 2010 et 2015 et qu'il faudra voter intelligement, il a semé le doute. Certains ont cru que c'est un message pour voter autrement; soit voter pour Rwasa. Nkurunziza s'est gardé d'appeler à voter Evariste Ndayishimiye. Gutora ikiri kumutima ou voter en âme et conscience signifie ni moins ni plus voter pour l'un ou l'autre candidat sans être prisonnier du CNDD-FDD. 

 Sa présence et son discours creux quant aux projets ont plombé la campagne de Ndayishimiye. A-t-il voulu faire échouer sa campagne parce qu'il lui était imposé par quelques généraux? 

Evariste Ndayishimiye a mené une campagne terne. Il n'a pas démontré son envie de changer le Burundi. Au contraire, il a bien défendu la continuité.

Le candidat Evariste Ndayishimiye a râté un rendez-vous avec l'histoire. Il a démontré qu'il aura du mal à acquérir son autonomie. Il s'est présenté lui-même en tant que samuragwa, héritier.  Nous sommes en République et non en monarchie. Parler d'héritage est prendre les Burundais pour des ignorants. Il s'agit des élections. Comment est-ce qu'un homme peut hériter d'un pays sans être dans la monarchie. Comment peut-on parler d'héritage alors que le candidat en soi est en campagne? Si l'héritage est au niveau des idées, je m'imagine que Ndayishimiye avait compris que les Burundais ne voulaient plus de Nkurunziza. Si l'héritage concerne la corruption, les tueries de masse, les violences des imbonerakure, etc..., le candidat s'oppose alors  aux intérêts du peuple. 

Il y a eu des discours mortels, suicidaires du candidat Ndayishimiye. Quand il a annoncé le message de sogo, diminutif de sogokuru, grand père. Il appelle Nkurunziza son grand père tout en se revendiquant la qualité d'héritier. En principe, on hérite de son père. Quand on hérite de son grand père, c'est qu'il y a eu un problème dans sa famille. Si un père est mort et on hérite à sa place; donc de son grand-père. 

Les nouveaux en politiques doivent suivre en principe des notes et improviser le minimum possible. 

Le discours de Bururi a laissé perplexe beaucoup d'observateurs. On peut courir derrière les voix mais on ne va pas jusqu'à renier ses origines provinciales pour vouloir être de Bururi. En plus, le terme Umuhutu de quelqu'un n'a pas bonne presse en politique. Un serviteur mais qui se confond avec une sous-estimation. Un muhutu de quelqu'un peut être un tutsi face à un hutu. Un Tutsi peut être le muhutu d'un Hutu. 

 Les résultats des élections ont consacré la victoire de Rwasa. Cependant, les résultats communiqués par le CNDD-FDD sont différents de ceux issus des urnes. Malgré les incidents majeurs, le CNL a pu gagner les élections au premier tour. 

L'expulsion des mandataires des concurrents par un parti, le refus de donner ou faire signer les procès verbaux des élections, trop de bulletins de vote dans les urnes, des fois plus de 40 % devraient faire annuler les élections des bureaux de vote concernés. Or, dans une bonne partie du pays, ce sont les mêmes incidents qui se répétaient. 

 Les deux candidats vont revendiquer la victoire même si le candidat Evariste Ndayishimiye n'a pas dit un mot. Le bras de fer va être engagé. Evariste Ndayishimiye dispose d'une force de frappe à savoir les imbonerakure et la police. Rwasa dispose d'une force non négligeable, la population. Les deux forces ne feront que causer du tort. Personne n'en sortira vainqueur. 

Si Evariste Ndayishimiye arrive à se hisser au pouvoir grâce à cette force et à la CENI, il endurera un mandat difficile, désagréable. Il sera redevable à ceux qui lui ont fait Président. Même les imbonerakure diront que sans eux, il n'aurait pas été Président. Une Présidence rabaissée. Partout où il passera, les gens diront qu'il est au pouvoir à la place de Rwasa. Les honneurs de la population seront par contrainte. La violence qui en découlera sera imputable à sa personnalité. La communauté internationale  sera réticente à l'ouverture vers le Burundi. 

Enfin de compte, le candidat Evariste Ndayishimiye sera un grand homme, voir un héros s'il refuse les tricheries et accepte les vrais résultats des urnes. Il sera dans les annales des hommes politiques honnêtes. Il est à la croisée des chemins. Il a à choisir entre devenir un grand homme et un homme honni par une grande partie de la population tout étant une marionnette de ceux qui auront contribué aux tricheries pour qu'il soit Président. 

Si Rwasa n'est pas proclamé vainqueur, il aura deux choix : Se taire ou se battre politiquement dans la rue. S'il se tait, il protégera plus ou moins ses militants, encore faut-il qu'il négocie son silence contre la non-violence contre ses militants. S'il décide de se battre politiquement dans la rue, j'exclus d'emblée la lutte militaire, il y aura beaucoup de morts et de blessés. Le pouvoir n'hésitera pas de le mettre en prison, éventuellement suivi d'un assassinat. 

La lutte armée est exclue parce que la situation ne s'y prête pas. La Tanzanie n'acceptera pas de servir de base arrière contre le Burundi. Le Rwanda n'a jamais accepté de servir de base arrière aux rebelles burundais. La RD Congo n'est plus celle d'avant. Kabila n'est plus au pouvoir. Le nouveau Président Tshisekedi entend chasser les mouvements de rébellion de son pays. A l'intérieur, les imbonerakure quadrillent le pays et il est difficile d'asseoir une base militaire à l'intérieur. Le realpolitik renvoie au jeu politique. Or, en politique, la force de frappe compte. Si elle manque, sa force manque en réalité. Dans les pays démocratiques, on parle de force de pression. Ces forces peuvent être les syndicats, la société civile, les entrepreneurs, les élus dans les instances au Parlement etc.... Rwasa n'aura pas d'autres choix que la lutte politique pacifique pour durer. Attendre le bon vouloir des DD au pouvoir quand ils vont accepter le verdict des urnes. Attendre finalement un événement nouveau qui changera la donne. Si non attendre la retraite politique et consommer son échec pour accéder au pouvoir. 

 


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