La difficile gestion des grades des officiers généraux


05 Jul

Burundinews, le 05 juillet 2020

Le 1 er juillet de chaque année est une date très attendue par les militaires. Très attendue non pas parce que c'est l'anniversaire de l'indépendance du Burundi mais parce que c'est la sortie de nouveaux grades. Il y a des grades qui sont automatiques s'il n' y a pas de punitions et des grades du domaine du pouvoir "régalien". 

A chaque niveau, il y a un grade supérieur qui n'est pas automatique. Pour les hommes de troupe, le grade de caporal chef n'est pas automatique mais la décision peut être prise par le commandant de bataillon du fait de son niveau bas. Pour les sous-officiers, le grade d'adjudant major n'est pas automatique mais va se gérer au niveau de l'Etat major chez le G1 sur proposition des commandants de bataillon. Les pratiques peuvent évoluer. Concernant les officiers, le niveau supérieur a changé. Du temps de Bagaza et Buyoya I, les grades de Lieutenant-colonel et colonel étaient du ressort du Président en collaboration avec le ministre de la défense. Très peu d'officiers portaient ce grade du temps de Bagaza. 

Le temps des généraux est arrivé

En 1994, le FPR (Rébellion rwandaise) est arrivé au pouvoir après quelques années de maquis. Le général Kagame est arrivé au pouvoir à la tête d'une armée qui comptait quelques généraux. A  ce moment, le Burundi n'avait pas de généraux. Les deux faux  jumeaux sont toujours en concurrence; voire en jalousie. A Bujumbura, le pouvoir militaire n'entendait pas se retrouver lors des rencontres militaires face à des généraux rwandais sans en disposer. Dès 1996, le chef d'Etat major avait le grade de Lieutenant-général en la personne de Niyungeko. 

Le pouvoir de Buyoya II a nommé huit généraux. Le Président Ndayizeye  au pouvoir de 2003 à 2005 a nommé deux généraux. La nomination des généraux est du ressort d'une certaine pression et de proximité. Souvent, ce sont les proches ou les mêmes officiers qui font officieusement une demande sauf quelques rares cas des ex-FAB occupant des postes dont le précédent occupant avait un grade de général. 

Le 06 décembre 2003, le CNDD-FDD est arrivé avec deux généraux Adolphe Nshimirimana et Alain Guillaume Bunyoni. Ils portaient le grade de général major mais ils ont été rétrogradés directement au grade de général de brigade. En 2006, le Président Nkurunziza nommera des généraux issus du CNDD-FDD pour équilibrer avec les ex-FAB. En nommant les généraux ex-FDD, il a été obligé de nommer aussi des généraux ex-FAB. En 2009, il avait déjà nommé 22 autres généraux qui s'ajoutaient au 10 généraux nommés par les pouvoirs de Ndayize et Buyoya II. Il y a déjà 32 généraux nommés mais 31 à fin 2009 en vie car le général major Niyoyunguruza a été assassiné par les El Shabab en Somalie le 17 septembre 2009.

Aujourd'hui, les généraux morts étaient : Adolphe Nshimirimana, Bijonya, Kararuza, Niyoyunguruza, Bunyoni Rodrigues (Petit frère d'Alain Guillaume  Bunyoni) et Saloum Ndikumana. 

Les grades sans fonction

Au niveau des standards internationaux, un général de brigade commande une brigade. Une brigade est composée de trois régiments et un bataillon de soutien logistique, artillerie, démineurs etc.... Elle est environs de 8 000 militaires. un général major commande en principe une division qui elle, est composée de 3 brigades et un soutien. Il faut compter en moyenne 27 000 à 30 000 militaires. Théoriquement, le Burundi dispose d'une division. Dans les faits, le Burundi dispose sur le terrain de quatre divisions mais qui sont plus brigades que divisions. 

Il y a plus de 30 généraux de l'armée sans parler de la police. On devrait avoir 4 généraux de brigade et un général major. Soit 5 généraux en commandement direct de la troupe. Il faudrait ajouter des officiers généraux de l'Etat major, responsables des services. Au plus, il devrait y avoir 8 ou 10 généraux de l'armée burundaise. 

Concrètement, il y a environs les deux tiers des généraux sans affectation liée à leur grades.   

Délicate gestion des généraux

Le nouveau Président Ndayishimiye pourrait même être occupé à temps plein par la gestion des généraux. Les généraux ne sont pas seulement les quelques cinq ou six mais aussi ceux qui n'ont pas d'affectations qui leur permettent d'être dans les médias. Les nominations de ces généraux à des places adéquates sont un casse-tête chinois. certains sont affiliés à tel ou tel groupe de généraux, d'autres à tel groupe des politiciens civils. Chaque groupe essaie de placer les siens pour peser, influencer la vie politique manu militari. 

La gestion aussi du petit cercle des généraux est un gros problème pour le Président. Il devra arbitrer entre les différents intérêts de ce petit cercle des généraux. 

Il est grand temps que l'attribution des grades des généraux soit suspendue jusqu'à ce que les grades  soient ajustées aux  postes de commandement. 

Une armée de 30 000 militaires et 30 généraux nous renvoie à un commandant de bataillon ayant le grade de général. Le grade de général actuel est au même niveau du grade de Lieutenant colonel et major  du temps du Président Bagaza. Dieu seul sait que cette armée était la mieux entraînée, la plus disciplinée et apte au combat. 

L'armée burundaise ne s'est pas remise du coup d'Etat de Buyoya en 1987 et aussi de l'intégration politisée  des ex-FDD dans l'armée. 

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