Les défis qui attendent le nouveau Président Evariste Ndayishimiye


14 Jun

Burundinews, le 18 juin 2020

Il est plus facile d'accéder au pouvoir que de gérer les affaires publiques avec succès. Le nouveau Président Evariste Ndayishimiye qui s'apprête à diriger le Burundi a du pain sur la planche. Tout semble être compliqué. 

La mort du Président Nkurunziza laisse un vide. Un vide car il n'avait pas laissé une autre personne s'exercer au pouvoir. Il a aussi infantilisé l'exercice du pouvoir à tel point que beaucoup de milliers de Burundais s'estiment capables de mieux diriger par rapport à Nkurunziza. Il laisse aussi un véritable fossé dans l'organisation du pouvoir et aussi dans les caisses de l'Etat. 

Les défis sécuritaires

La première chose qu'un citoyen réclame est sa sécurité. La sécurité physique bien sûr mais il a besoin de la sécurité psychologique. Elle est psychologique et elle est dangereuse quand l'individu n'est pas agressé mais se dit chaque fois qu'il est en danger et qu'il arrive à désigner clairement la cause de cette insécurité mentale. 

L'insécurité burundaise se nomme Imbonerakure à la campagne  et la Documentation en ville. Les deux constituent le pilier fondamental du pouvoir du CNDD-FDD. En l'absence de démocratie, le pouvoir a besoin des deux bêtes noires pour asseoir la terreur. Le nouveau Président Evariste Ndayishimiye a le dos au mur. S'il ne change pas ces deux monstres de l'insécurité, il ne fera que décevoir. Il apportera en ce cas que la désolation et sera haï par tous les Burundais y compris les membres du CNDD-FDD. 

La sécurité est pour tout le monde ou pour personne dans un pays. Les Burundais ont peur, les chefs ont peur aussi y compris le Président. Il suffit d'observer le passage du Président sur les routes burundaises. Les policiers demandent aux citoyens d'entrer dans des maisons ou à se retourner. Avant l'arrivée du CNDD-FDD au pouvoir, le peuple contemplait le cortège présidentiel. Aujourd'hui, le peuple n'a plus ce droit car le chef a peur. 

La sécurité passe aussi par les bonnes relations avec les pays voisins. Les provocations sur le territoire rwandais ne vont pas dans l'esprit de la sécurité du Burundi. 

Les défis politiques

"Mon Dieu garde- moi de mes amis, quant à mes ennemis, je m'en occupe" Disait l'américain Jesse Jackson. Le nouveau Président Evariste Ndayishimiye devra se méfier plus de son camp que celui des opposants. Il devra gérer les personnalités civiles qui n'ont pas eu des places au Parlement. Il ne devra pas oublier le groupe  des généraux qui font la pluie et le beau temps. Ils sont habitués à être consultés et à se partager le territoire des affaires sans l'intervention du Président. 

Son accession au pouvoir s'est faite dans la douleur. Les soupçons de tricheries sont venus en premier de l'église catholique. Certains du CNDD-FDD murmurent tout bas ce que les autres pensent tout haut que sans la grande participation et violence des imbonerakure, la balance aurait basculé vers Rwasa. Ils veulent en quelque sorte demander les dividendes de la prise du pouvoir. Ils disent qu'ils l'ont arraché des dents de Rwasa. 

L'opposition de Rwasa n'est pas celle qui va l'inquiéter. Le nouveau Président devra se résoudre à discuter avec les opposants éparpillés à l'étranger et dont le manque d'union fait la faiblesse. Négocier et faire rentrer les opposants au Burundi est plus rassurant que de les voir à l'extérieur. La grande intelligence du Président Ndayishimiye devrait le conduire à commencer les négociations tout en impliquant la sous région comme témoin. 

La retouche de la constitution s'impose aussi. Sept ans, c'est trop long et favorise l'usure du pouvoir. Sept ans ne sont pas dans l'intérêt du nouveau Président. Il serait préférable pour lui de ramener son mandat à cinq ans et solliciter le peuple pour une prolongation. 

Les défis socio- économiques

La situation économique est catastrophique. Le Burundi est le dernier pays au monde pour le classement du PIB/habitant. La situation politico-sécuritaire influence aussi l'économie. L' amélioration des relations avec la communauté internationale pourra renflouer les caisses de l'Etat et aussi les caisses des sociétés privées. 

Le commerce intra régional est surtout  bloqué par les mauvaises relations avec le Rwanda et aussi le coronavirus. Le décollage de l'économie rwandaise devait faire des retombées sur l'économie burundaise. Le pouvoir se prive de cette manne économique. 

La lutte contre la corruption fait partie des priorités du nouveau pouvoir s'il veut réellement le décollage de l'économie. Le nouveau Président devra s'opposer aux intérêts des généraux. Il devra le faire malignement sans s'attirer leurs foudres. Dieu seul sait s'il pourra résister ou pas. 

Le pays a besoin des efforts de tous les Burundais, de l'intérieur et de l'extérieur. Le Président Ndayishimiye devra faire en sorte qu'aucun Burundais de l'étranger ne sente en insécurité au Burundi. Il devra leur permettre d'aller au Burundi, investir, contribuer au développement socio-économique du pays. Tout cela passe par la sécurité, le respect des droits de l'homme et aussi la libéralisation de la presse. 

La promesse de maintien des soins de santé gratuits pour les retraités et aussi la carte CAM repose sur un budget capable de financer ces dépenses énormes. Aujourd'hui, la carte CAM doit vingt quatre mois d'arriérés aux hôpitaux et centres de santé. Certains sont presqu'à l'agonie et n'arrivent plus à payer les salaires. Aucune société ne pourrait travailler pendant deux ans sans que les clients payent. Il est inconcevable d'ajouter d'autres charges que l'Etat ne pourra pas payer. 

Le secteur agricole est primordial pour la population. Pourtant, c'est le secteur qui a été oublié dans le programme du nouveau Président. S'il faut maintenir le statu quo, il faudra se préparer à une famine car les terres restent les mêmes et la population double. Sans de nouvelles techniques et un nouvel encadrement, la terre burundaise ne pourra pas nourrir les Burundais. 

Le nouveau Président Evariste Ndayishimiye ne sera pas le Président comme les autres. Il ne fera pas du Nkurunziza s'il veut durer au pouvoir. Il est condamné à apporter un changement. seul le changement sera son grand allié. Ses alliés d'aujourd'hui seront les ennemis de demain. Ses supposés ennemis d'aujourd'hui devraient être les alliés de demain. La politique est imprévisible. 

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